Faciliter l’éducation du jeune cheval - 4 modes d’apprentissage innés

Nombreux sont les cavaliers qui rêvent d’avoir un poulain avec lequel ils pourront grandir. Pour moi, c’est la meilleure chose du monde. La relation peut se développer tranquillement, sans pression de performance. On peut passer beaucoup de temps ensemble et (je l’espère) y trouver un plaisir partagé.

J’ai vécu cela avec Mayana, et je le vis actuellement avec Tara et Maserati. J’adore chaque instant et je l’apprécie en pleine conscience, avec beaucoup de joie.

Ma famille cheval et moi. Mazirah, à droite avec ses deux “enfants”, Maserati (au milieu) et Mayana. Il n’existe rien de mieux.

Mais, et j’imagine que je ne suis pas la seule propriétaire d’un jeune cheval dans ce cas, je souhaite aussi faire tout ce qu’il faut correctement.

Je ne veux pas commettre d’erreur, je veux donner au poulain les meilleures conditions de vie et d’apprentissage, je veux veiller à ce qu’il n’apprenne pas de choses indésirables et à ce qu’il ne fasse pas de mauvaises expériences.

Cela peut être stressant, nous faire douter, nous mettre en insécurité, ce que notre petit jeune ne manquera pas de percevoir.

Alors qu’est -- ce qui est important avec nos petits bouts d’chou ? Comment apprennent-ils ? Que devraient-ils apprendre ?

Tout d’abord — DÉTENDEZ-VOUS !

Il y a du temps, beaucoup de temps, mais utiliser le intelligemment.

Ce sont des petits, ils apprennent :

  1. En étant curieux
  2. En faisant des expériences
  3. En faisant des associations et
  4. En s’imitant les uns les autres et en imitant les adultes

En bref : ils apprennent « sur le tas ». Qu’est ce que cela signifie pour nous ?

1. L’importance de la curiosité :

La curiosité est normale chez les jeunes animaux, elle l’est aussi pour les jeunes humains. Sans curiosité il n’y a pas d’apprentissage, pas d’intérêt, juste de l’ennui et de la peur.

« N’éteignez jamais la curiosité d’un jeune cheval » —Tom Dorrance

C’est une des phrases clés quand on a affaire à un poulain ou un jeune cheval. Leur curiosité innée les pousse à explorer les choses. Je comprends que cela puisse devenir agaçant quand ils commencent à vider la boite de pansage ou à renverser la brouette pleine de crottins fraîchement ramassés.

Nous sommes rapides à les sanctionner dans ces moments-là. Si au contraire nous encourageons et canalisons cette curiosité, nous pouvons l’utiliser à notre avantage plutôt que d’être ennuyés par elle.

Nous devons aussi comprendre que la curiosité vient après la peur et la fuite, et ouvre les portes de la confiance.

En les autorisant à exprimer leur curiosité, les jeunes chevaux apprennent très naturellement. Ma pouliche d’un an et demi Tara explore une de nos voiturettes.

Souvent l’enchaînement des réactions est : le cheval s’effraie de quelque chose, fuit, puis se retourne pour jeter un coup d’œil, et devient curieux. Il va aller explorer l’objet et finir par être en confiance parce qu’il s’est rendu compte qu’il n’était pas dangereux.

Et ce qui est génial, c’est que nous n’avons rien à faire pour aider le processus, à part fournir le stimulus/l’objet. À condition bien sûr que le cheval n’est pas déjà fait une mauvaise expérience avec le-dit objet ou stimulus. Ce serait alors une histoire complètement différente.

Maserati fait la rencontre d’une bâche en plastique pour la première fois. Sa curiosité l’incite à l’explorer de plus près.

Vous pouvez par exemple mettre une grande bâche en plastique dans le pré de votre cheval et le laisser gérer. Vous pouvez l’emmener avec vous quand vous allez dans la carrière pour monter un autre cheval et poser tout un tas d’objets par-ci par-là et le laisser explorer à sa guise et à son rythme.

Souvent les poulains et les jeunes chevaux entrent d’eux-mêmes dans la van, simplement par curiosité si nous leur en laissons le temps. Nous sommes ceux qui en font un drame en nous attendant à une réaction dramatique de la part de notre cheval et le poussant pour qu’il fasse les choses plus rapidement.

Alors qu’il nous suffirait de créer un environnement sécurisé et de laisser la curiosité travailler pour nous, pour permettre au jeune d’apprendre de manière naturelle et facile.

Et plus le jeune en voit et explore, moins il sera sur l’œil plus tard, et plus il sera à même de gérer des objets et situations inconnus.

La curiosité de Maserati est plus forte que le scepticisme qu’il a d’abord ressenti en voyant cette grande chose bleue.

Il est donc important de permettre à votre jeune cheval d’être curieux, d’explorer le monde, de lui montrer le plus possible de choses. Et la cerise sur le gâteau : le jeune apprend que ce que nous lui montrons et ce à quoi nous l’exposons sont OK.

2. L’apprentissage par Expériences

Faire des expériences est une part de la vie, des interactions quotidiennes et de la curiosité. Il y a des expériences que nous ne pouvons empêcher, et dont je pense qu’il ne faut pas empêcher, comme par exemple le fait de toucher la clôture électrique.

Il y a de bonnes expériences, et des mauvaises, et il est nécessaire de faire les deux. Souvent, nous tentons d’éviter à notre cheval de mauvaises expériences, mais il faut qu’il les fasse toutes (dans les limites de sa sécurité) pour pouvoir ensuite prendre ses propres décisions.

Par exemple, ma mère m’a dit de ne pas toucher le fer à repasser ou je risquais de me brûler. Devinez ce que j’ai fait dès qu’elle a eu le dos tourné ? J’ai posé ma main dessus. Il a fallu que je me brule pour la croire. Ça n’a pas été une expérience plaisante, mais elle a été salutaire.

Et je l’ai faite parce que j’étais très curieuse. La découverte de ce qui est possible et de ce qui ne l’est pas, de ce qui est plaisant et de ce qui ne l’est pas est un processus naturel d’apprentissage.

L’importance des « Premières » Expériences

Nous pouvons et nous devons influencer les expériences faites par nos jeunes chevaux, particulièrement celles qui concernent les « premières fois ». La première visite du vétérinaire, le premier parage, le premier contact avec l’eau, la première promenade…

En prenant conscience de leur importance nous pouvons préparer et faire en sorte que ces premières fois soient réussies et une bonne expérience pour le jeune cheval.

Préparer les “premières fois” pour le succès ! Maserati fait sa première balade dans la forêt. Sa mère est la pour lui donner de la confiance.

Ça ne veut pas dire que tout doit se faire dans le calme et sans excitation. Ce qui compte, c’est que ces premières expériences se terminent sur une bonne note, et que le jeune cheval se sente fier et sûr de lui.

Nous pouvons par exemple demander au véto de simplement dire bonjour, de gratouiller, de prendre 5 minutes de plus suivies d’un bout de carotte. Plutôt que de vouloir en finir le plus vite possible et de laisser un cheval avec un mauvais sentiment.

Pour plusieurs raisons, la première promenade en forêt peut être une source d’inquiétude : la crainte d’être éloigné de chez lui, de ses copains, dans une forêt sombre et pleine de créatures effrayantes.

Mais accompagné d’un vieux copain confiant en extérieur, le jeune passera un moment intéressant et positif plutôt que de faire l’expérience du stress.

La jument meneuse Youshka aide Tara à monter dans le van. C’est beaucoup plus facile pour ma petite fille lorsqu’elle a un exemple à suivre.

Il est très important que ces premières fois se passent bien, parce qu’elles influenceront la manière de penser du cheval sur tel ou tel sujet.

Ce qui nous amène au point suivant :

3. L’apprentissage par associations

Cela signifie simplement que si une certaine expérience est faite plusieurs fois de suite, le cheval fera une association, positive ou négative. Il se mettra à aimer ou non quelque chose.

Si chaque fois que vous arrivez dans le pré de votre jeune vous passez du temps à le gratouiller et à jouer avec lui, il va commencer à être content de vous voir, et sera heureux de passer du temps avec vous.

Et la bonne nouvelle est que cette association sera d’autant plus solide si la première rencontre s’est bien passée. C’est donc le début d’une bonne relation durable.

Nous pouvons donc être actifs pour nos amis équins en les aidant à construire des associations positives consciemment. Nous pouvons influencer leur manière de penser sur tout.

Ce n’est pas la tâche qui importe, c’est de construire des associations et des habitudes positives.

Chaque fois que vous séparez votre jeune ami de son troupeau, proposez-lui quelque chose de bien et d’intéressant et ne l’exposez pas à un stress ou de la peur. Un jour, il deviendra accro au travail.

Il sera probablement très enthousiaste à l’idée de quitter les copains pour aller faire des choses intéressantes avec vous. Il nous faut juste être un peu attentifs et conscients pour développer cette attitude.

Beaucoup de chevaux ont associé :

  • Licol = pris au piège et limité dans mes mouvements
  • Vétérinaire= peur
  • Carrière= ennui ou force
  • Quitter le troupeau = être en insécurité et effrayé
  • Humain= il vaut mieux que je me sauve, il va m’obliger à faire des choses que je n’aime pas
  • Maréchal-ferrant = grand humain avec une voix forte qui me tire sur les jambes
  • Bride= truc qui fait mal dans la bouche
  • Boxe ou Écurie = se sentir piégé et seul

 

Quel est la réaction de votre cheval lorsque vous vous approchez avec le vermifuge ?

Et si au lieu de cela nos chevaux apprenaient :

  • Licol= on va faire quelque chose d’intéressant
  • Véto= une personne gentille qui me gratouille et me donne une carotte si je ne bouge pas
  • Carrière= un endroit où on fait des choses intéressantes et où mon humain est content de moi
  • Quitter le troupeau= être avec mon humain préféré pour faire de chouettes trucs et recevoir plein de compliments
  • Humain = créature très sympa qui fournit gratouilles, activités intéressantes et nourriture
  • Vermifuge = si j’ai de la chance, ce sera de la compote de pomme
  • Maréchal= personne qui s’occupe de mes pieds, c’est OK
  • Bride= ça a bon gout, et ça me donne le sentiment d’être connecté à mon humain
  • Boxe ou Écurie — un endroit confortable et calme

 

La jument Quarter Horse Princesse apprend à associer la bride avec quelque chose de positif.

La liste peut se poursuivre indéfiniment. Il est de notre responsabilité de faire en sorte que notre cheval fasse les bonnes associations.

4. L’apprentissage par imitation :

C’est comme cela que les poulains apprennent dès le début : en imitant leur mère et plus tard d’autres membres du troupeau. C’est un comportement inné, naturel, que d’essayer de faire la même chose qu’un autre.

Toute personne qui entraine des chevaux connaît les avantages d’un « tonton » cheval plus âgé pour l’éducation et la formation du jeune. Il me semble que nous sous-utilisons ce comportement inné si simple.

La jument Quarter Horse Dancing pendant sa toute première promenade. Deux hongres plus âgés et très calmes l’accompagne et lui montre comment faire.

Le poulain va faire ce que sa mère fait, ce qui signifie que plus elle est éduquée et socialisée, plus le poulain sera facile à gérer. Si l’attitude de la mère à l’égard du maréchal, de la douche, du van ou de la vétérinaire est détendue et coopérative, le poulain va l’imiter et développer cette même attitude.

Nous pourrions beaucoup plus utiliser ce principe avec nos jeunes. Nous avons presque tous un hongre ou une jument plus âgée qui a tout vu et tout fait. Nous pourrions faciliter l’apprentissage, particulièrement dans des situations nouvelles, et faire en sorte qu’il soit beaucoup plus détendu si nous prenons un bon vieil oncle avec nous.

Les poulains sont programmés pour imiter ce que font les membres plus âgés du troupeau.

Par exemple, un premier voyage peut être organisé pour bien se passer, si, au lieu de faire voyager le jeune seul ou avec un autre jeune, nous le faisons voyager avec un cheval calme et expérimenté.

Notre jeune calquera son comportement sur celui de son compagnon expérimenté et apprendra que ce n’est pas une grosse affaire. Le même principe s’applique pour la première sortie en extérieur, la découverte de choses effrayantes ou même pour les premiers sauts.

Il nous faut choisir notre oncle tuteur avec sagesse. Il doit être vraiment calme, pas juste contrôlable et qui fait ce qu’on lui dit de faire. Avant même d’imiter les comportements d’un cheval plus âgé et expérimenté, le cheval va percevoir son état émotionnel et le faire sien.

Conclusion

Bien sûr, nous pourrions en dire beaucoup plus sur l’apprentissage du jeune cheval, mais je pense avoir présenté ici des fondamentaux qu’il faut garder à l’esprit. Ces 4 domaines sont la base de tout apprentissage et comportement chez les équins.

Il faut garder ces principes en tête, ils nous seront d’une aide précieuse pour développer un jeune cheval heureux, confiant et curieux, qui aime être avec les humains et est en mesure de fonctionner dans leur monde.

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