Disséquer un pied de cheval - à quoi ça peut bien vous servir?

 

Samedi dernier, le 13/2, nous avons proposé un cours sur l’intérieur du pied du cheval, et nous avons donc disséqué un pied. La première réaction de la plupart des gens, et particulièrement des propriétaires de chevaux est en général réservée. Certains ne peuvent pas imaginer de découper en morceaux le pied d’un cheval, un animal qui a un jour été aimé et respecté. D’autres ont peur d’éventuelles odeurs, ou de la vue de la chair ou du sang.

Je vais partager un point de vue un peu différent avec vous. J’en suis à ma sixième dissection. Au début, j’étais aussi assez réservée, inquiète de l’odeur, de la vue, et bien sur cela faisait une drôle d’impression de disséquer le pied d’un cheval que j’avais connu. Mais à chaque fois j’ai été fascinée, et ça a été intéressant et beau aussi. A chaque fois ma compréhension du fonctionnement du pied du cheval s’est élargie. Le pied est juste un fabuleux exemple de l’ingéniosité de la nature. Et c’est seulement en regardant de près l’intérieur du pied que j’ai pu le comprendre et avoir une vision plus claire du rôle de chacune de ses structures dans chaque pas que le cheval fait.

Pourquoi le maréchal ou le pareur ne devrait il jamais couper la sole ou la creuser pour gagner en concavité? Lors de ma première dissection j’ai été choquée de constater que même une sole saine n’est pas très épaisse, je connaissais le cheval et je savais qu’il avait les pieds sains. La sole a environ 10mm d’épaisseur! Imaginez ce qui se produirait si on en enlevait, même pour retirer la couche de sole morte. Un cheval sensible du pied! Ne vous méprenez pas sur ce que je viens de dire, dans certains cas exceptionnels il faut parer la sole.

 

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Pourquoi une fourchette pourrie est elle douloureuse pour le cheval? Un cheval doté d’un pied sain va poser le pied talon et fourchette en premier. Ainsi le poids, les vibrations et l’énergie de l’impact sont absorbés et amortis par la fourchette, le coussinet plantaire et les cartilages latéraux. Ces structures peuvent bien être observées durant une dissection. Il est intéressant de constater les variations dans l’épaisseur du coussinet plantaire d’un cheval à l’autre, et en accord avec la bonne santé de son pied. Il est plus épais et plus dense chez les chevaux sains, plus fin et plus mou chez les chevaux sensibles. Dans une des dissections la lacune centrale était pourrie en profondeur. Nous avons ouvert la sole et la fourchette en deux au niveau de la lacune centrale. Ce qui est apparu était assez effrayant: il y avait juste 1 mm de tissu séparant le coussinet plantaire sensible du monde extérieur. Hmmm… Quand on y réfléchit et qu’on envisage les conséquences potentielles, on peut facilement arriver à la conclusion suivante: si la fourchette est pourrie et ne protège plus suffisamment le coussinet plantaire, il sera douloureux pour le cheval de poser le pied par le talon et la fourchette. Il va donc raccourcir sa foulée et poser à plat voire même par la pince. Cela peut provoquer une réaction en chaîne dans le pied et tout le corps du cheval. Les tendons vont être trop sollicités, le coussinet plantaire va dégénérer faute de stimulation, les chocs ne sont plus aussi bien absorbés et vont donc se propager dans les os et articulations des jambes du cheval. La sole et la pince vont trop s’user, et le talon va pousser faute d’usure suffisante, un mauvais cycle s’enclenche. Ma conclusion depuis cette dissection: faire de mon mieux pour aider mon cheval à avoir une grande fourchette bien saine que je ne taille pas.

Même si c’est un peu bizarre au début, de participer à une dissection de pied de cheval a toujours été une formidable source d’apprentissage pour moi.

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