Chevrenne - un projet "lourd"

 

La propriétaire de Chevrenne avait déjà fait un bon travail  préalable d’éducation, elle lui avait enseigné le travail aux longues rênes et à tirer une charrue. Chevrenne avait déjà découvert la sangle, la bride et connaissait quelques ordres vocaux de base. Il lui manquait cependant du respect et de l’attention pour l’humain, de l’impulsion et de la réactivité.

Il est intéressant de voir à quel point de petites choses comme le fait de donner les pieds avec légèreté deviennent importantes avec un animal de 850kg et aussi que les conséquences d’un manque d’attention ou de coopération sont plus graves. Ne vous méprenez pas, Chevrenne est une jument très douce et d’un naturel affable, elle n’a jamais eu de mauvaise intention. Elle ne faisait juste pas attention et n’envisageait pas que les choses puissent être plus fragiles qu’elle. Tout ce qui a trait à la sécurité et à la coopération en tant que partenaire au quotidien a soudain pris une autre dimension avec elle. J’ai du lui enseigner à prêter attention à l’humain et à se comporter en partenaire en toutes circonstances : en donnant les pieds sans se laisser distraire ou perdre l’équilibre, en entrant dans le box sans m’écraser contre le poteau, en passant les portails sans m’écraser ou les démolir, en allant au paddock et en faisant attention de ne pas poser ses gros pieds sur mes petits pieds. 

Pendant la première semaine j’ai consacré du temps à améliorer les compétences au sol de Chevrenne et son attention à l’égard de l’humain. Comme sa sensibilité physique n’est pas très élevée (ces races sont faites pour aller à l’encontre de la pression) j’ai utilisé le flag en plastic pour l’inciter à être plus réactive à mes demandes. Elle apprenait facilement et se concentrait quand j’avais son attention, mais quand elle était distraite par quelque chose elle marchait sur tout ce qui se trouvait sur son passage, genre les barres et les blocs d’obstacles. Elle semblait ne pas être dérangée par l’inconfort que ça pouvait générer. A la fin de la première semaine elle a été montée pour la première fois. Elle a appris à se positionner par rapport au montoir et à m’accepter sur son dos. Cela ne lui a pas posé de problème particulier. 

Pendant la deuxième semaine je suis souvent allée dans le rond de longe avec elle pour améliorer son impulsion en la faisant travailler à la longe longue. Il m’est facile de tenir et de bloquer un cheval plus léger qui se met à tirer sur la corde, mais avec elle je savais qu’il fallait que je ne laisse pas ce genre de situation se développer. Je ne voulais pas qu’elle fasse l’expérience de sa capacité à arracher la loge et à partir. J’ai donc travaillé sur sa compréhension du trot sur le cercle et sur des transitions montantes fluides. Sa connaissance des ordres à la voix m’a beaucoup facilité la tâche. Nous avons eu quelques difficultés quand je lui ai demandé de galoper. Il faut savoir que les chevaux de trait ne sont pas faits pour galoper, mais plutôt pour marcher puissamment. Ce n’est donc pas facile pour eux de galoper.  Je voulais juste voir Chevrenne essayer et faire preuve de bonne volonté plutôt que de faire des sauts de mouton et d’envoyer les pieds. Donc à chaque fois que j’ai vu qu’elle essayait, même si elle ne faisait qu’accélérer le trot, je la félicitais.  Assez rapidement elle s’est mise à galoper assez facilement pour un cheval de sa taille et de son gabarit.  J’ai commencé à la monter dans le rond de longe au pas et au trot, avec des arrêts et des reculs et des changements de direction faciles. Elle a vite compris, même au licol en corde. J’ai préféré faire ces premières séances de trot dans le rond de longe parce que je savais que je n’aurais pas beaucoup d’influence sur le licol si elle avait une attaque de peur ou d’exubérance . De plus, je n’aime pas l’idée de devoir contrôler un cheval avec le mors, cela ne crée pas les conditions de la réussite. Je préfère développer la compréhension et une connexion mentale forte, et au final cela me donnera infiniment plus de contrôle que n’importe quelle bride. 

 

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La troisième semaine j’ai commencé à la monter dans la grande carrière extérieure et à travailler en mors, qu’elle connaissait déjà du travail en traction. La plus grosse difficulté de Chevrenne a été de commencer à penser a se mettre plus en avant. Il lui fallait découvrir que cela pouvait être plaisant de trotter avec un humain sur le dos. Au départ, je lui ai demandé beaucoup de transitions, jusqu’à ce qu’elle réponde bien, et bien sûr j’ai remarqué chaque effort de sa part et je l’ai félicitée. J’ai rapidement pu me concentrer sur le maintien du trot et j’ai pu la récompenser à chaque fois que je sentais qu’elle pensait « trot » et que ses mouvements devenaient fluides. Je suis vraiment convaincue que si nous arrivons à communiquer à nos chevaux ce que nous attendons d’eux et montrons notre satisfaction quand ils le font, ils se mettent à aimer leur travail. La motivation est une clé importante pour un cheval comme Chevrenne. Il est impossible de forcer un paquet de muscles de 850kg à faire quoi que ce soit. Il faut donc demander, expliquer et motiver. Chaque séance montée était très courte, 20mn au maximum. J’aime que les choses soient courtes, intéressantes et progressives, et arrêter quand le cheval a compris et fait son plus gros effort. 

Comme la troisième semaine était aussi la dernière de son séjour, j’ai commencé à l’emmener en extérieur. Elle a juste été super! Et cela a eu un effet calmant et relaxant sur moi. Son rythme calme et constant au pas générait de la tranquillité. Et c’est pendant ces sorties en extérieur qu’elle a trouvé son rythme au trot. Elle a trouvé un trot merveilleux et en avant, sans que je n’ai jamais la crainte qu’elle m’embarque ou qu’elle se mette à faire des sauts de mouton. Elle a été géniale ! Et quand sa propriétaire est venue les deux derniers jours pour prendre des cours et pour la monter, j’ai été très heureuse de lui montrer le super cheval qu’elle avait.

Chevrenne a été un bon rappel de l’importance d’enseigner les compétences de base au cheval, celles lui permettant d’agir en partenaire dans la vie de tous les jours. Nous laissons passer beaucoup de choses, et si le cheval n’est pas trop grand ou lourd, cela n’a pas un grand impact. Nous acceptons qu’il s’appuie un peu sur nous ou  qu‘il tire un peu quand nous lui demandons les pieds, nous nous laissons pousser quand notre cheval veut éviter une flaque. Tous les chevaux devraient apprendre à se comporter en partenaires au quotidien, et à apporter leur contribution à une vie commune plus sure et agréable. 

 

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